Monsieur Gbagbo Laurent affirmait le jour du dépôt de sa candidature le vendredi 16 octobre 2009 à Abidjan, toute honte bue, qu’il est candidat à l’élection présidentielle du 29 novembre 2009, pour entre autres, « continuer le combat que nos parents ont commencé depuis les années 40 et que certains ont abandonné. » Il veut parler de la lutte pacifique du RDA Rassemblement Démocratique Africain, dont Félix Houphouët-Boigny était le Président.
M. Gbagbo Laurent, permettez-moi de vous dire que je connais la lutte du RDA, je connais aussi son Président Félix Houphouët-Boigny. Vous, M. Gbagbo Laurent, n’êtes pas Félix Houphouët-Boigny, et vous ne pourrez jamais l’être. Vous ne pourrez jamais non plus continuer la lutte pacifique du RDA, pour plusieurs raisons : vous ne connaissez pas l’histoire du RDA, vous ne connaissez pas la raison de la création du RDA, vous n’avez pas les qualités et les valeurs requises pour continuer la lutte du RDA, vous avez même combattu le RDA et son Président Félix Houphouët-Boigny, par la violence, l’appel à la haine et l’incitation au meurtre, pendant 30 ans au moins. Aujourd’hui, vous voulez à la fois effacer « l’ère de Félix Houphouët-Boigny » et continuer son combat. Vous avez une historique d’appels à la haine et d’incitations au meurtre, comme celle communément minimisée sous le terme : « boycott actif de 1995 ». Vos appels à la haine et vos incitations au meurtre, ont entrainé l’assassinat d’opposants à votre politique après le 19 septembre 2002, l’assassinat du journaliste Français de RFI, Jean Hélène le 21 octobre 2003, les massacres des 24, 25, et 26 mars 2004, la disparition le 16 avril 2004, du journaliste Français-canadien Guy André Kieffer, les massacres des jeunes lors du siège de l’Hôtel Ivoire le 4 novembre 2004, de multiples exactions de vos milices tribales, etc.
La lutte du RDA n’était pas et n’est toujours pas faite d’appels à la haine, ni d’incitations au meurtre, au contraire elle était pacifique, non-violente, et l’est toujours aujourd’hui.
Le R.D.A. a été créé en tant que mouvement politique pacifique de masse pour soutenir les élus mis volontairement en minorité par l’administration coloniale, après le retrait du titre VIII :
« Mais nous avons si bien travaillé qu’à la première constitution, au titre VIII, nous avons obtenu l’augmentation de la représentation des Territoires d’outre-mer. Malheureusement, cette constitution a été rejetée sur la demande du général de Gaulle ; non pas contre nous, mais à cause de la partie concernant la République française.(…)Nous avons donc demandé que nous soyons appuyés par un grand mouvement africain, un grand mouvement populaire qui pourrait soutenir notre action au parlement français, prolonger l’action que nous-mêmes nous venions de mener dans la diversité, (…) donc nous aurions un mouvement populaire en Afrique, indépendant de toute formation politique métropolitaine – soulignons cela –, et dont les élus seront autorisés, pour plus d’efficacité dans leur action, à s’inscrire à telle ou telle formation politique française. »
La stratégie subtile de répression des colons pour contrecarrer le RDA, impliquait qu’il fallait empêcher les réactions violentes des militants du RDA, aux provocations pièges des colons, qui entraînaient systématiquement, les assassinats impunis des militants. C’est ainsi que le président du RDA a enseigné la non-violence, grâce à l'amour fraternel : la capacité de fraterniser, et de pardonner inconditionnellement. En effet, parce que, piégés dans la haine, enchaînés par la haine, et maintenus dans des incarcérations de haines, donc réduits à l’état d’esclaves de la haine, dominés par la haine, la moindre provocation appelait une réaction violente qui était alors réprimée, souvent dans le sang, puis justifié par des prétextes de "légitime défense". Il fallait donc éviter de répondre aux provocations.
Ecoutez donc pour la première fois le Président Félix Houphouët-Boigny vous enseigner la leçon que vous n’avez pas voulu apprendre pendant toutes vos années d’opposant violent à la politique de Félix Houphouët-Boigny.
« Alors notre combat a été de réduire les effets des provocations. On a envoyé Sékou Baradji provoquer nos braves militants de Bouaflé ; ils ont répondu. On a tiré sur eux impunément. Cela a été le cas sur le marché de Séguéla.
J’ai dit non. Ce n’est pas notre combat. D’abord, notre combat à nous est pacifique. Nous ne devions pas tomber dans des provocations. On a dit : "Pourquoi ce combat a-t-il été pacifique ?" Je tiens à vous le dire sans rougir ; ça a dépendu beaucoup de moi. J’arrive à Bingerville. Le père Gorju m’entreprend et il me convainc. Et j’abandonne l’animisme, les fétiches et me fait baptiser, un an plus tard. Puis je reviens à Yamoussoukro, alors j’ai compris. (...)
Et j’ai pris, moi, la décision de ne jamais faire verser le sang humain ; on en a trop versé dans ma petite famille, et dans toutes les familles Akan. J’ai donc pris la décision de ne jamais faire verser le sang ni par moi, ni à cause de moi, en Côte-d’Ivoire ou ailleurs dans le monde. (...)Si vous aimez votre prochain comme vous-même, vous ne pouvez pas vous satisfaire de son malheur. Vous devez aussi ne pas faire de mal à autrui. Vous ne pouvez pas vous satisfaire du malheur qui arrive à autrui ; c’est comme si le malheur vous arrivait à vous. C’était notre philosophie à nous. Je l’ai trouvée grâce au R.P. Gorju dont j’entretiens aujourd’hui la tombe à Bingerville. (...) la vie de ces hommes (les colons) appartient à Dieu, comme la nôtre. Dieu seul doit la leur reprendre. Nous luttons contre l'existence de leurs privilèges, et avec l'aide de Dieu, nous tuerons leurs privilèges – et nous avons réussi – mais, de grâce, ne tuez personne ! Nous gagnerons. L'amour l'emportera sur la haine. Et on a accepté ;…
Et c'est la longue traversée du désert pour le R.D.A., une marche douloureuse de 1946 à 1956, date à laquelle, pour la première fois, un ministre français, feu Guy Mollet, a appelé le R.D.A. à collaborer avec le gouvernement français, alors que nous avions été considérés, même malgré le dé apparentement, comme l'avant-garde du communisme, et comme tels combattus.
Nous ne sommes pas venus faire de procès. Nous sommes venus pour écrire l'histoire authentique du R.D.A. Mais de 1946 à 1956, seuls les militants du R.D.A. ont été combattus. Ils ont subi la répression la plus sauvage, parfois même sanguinaire. Où étaient les autres? Il y en a beaucoup qui veulent parler de la lutte anticolonialiste. Pendant ce temps-là, de 1946 à 1956, ils étaient avec les formations qui réprimaient. Certains étaient membres du gouvernement. Nous avons connu nos Soweto, non par le nombre des victimes, mais par la façon dont on a tué les uns et les autres. Nous avons connu nos Soweto, à Dimbokro, à Bouaflé, à Séguéla. On a fusillé froidement des manifestants sans armes, comme à Soweto. Personne ne nous a aidés à défendre la mémoire de ceux-là. Certains même à l'Assemblée ont pris la parole, pour nous faire passer, nous assassinés, pour des assassins.
Et nous avons voulu la lutte pacifique et vous devez continuer cette lutte pacifique, mes chers frères. C’est très difficile. Vous dépasserez le cadre de la Côte-d'Ivoire. Voyez-vous, nous avons allumé le feu de la liberté, de l'émancipation sur les bords du Niger en créant le R.D.A. ; et nous entretenons pour le R.D.A. dans son ensemble cette flamme, à Abidjan, à Yamoussoukro, en Côte-d'Ivoire, pour éclairer le chemin de la Côte-d’Ivoire, le chemin difficile qui conduit au progrès, donc au bonheur dans la paix, dans la justice, dans la solidarité, dans la fraternité et dans l'amour.
Nous avons gagné la bataille politique, nous luttons pour la bataille économique. Elle est dure. Mais nous vous engageons déjà à vous armer pour la vraie bataille, celle que Dieu prêche à travers le monde depuis sa création, la bataille pour la paix promise aux hommes de bonne volonté, à tous les hommes.
Nous voulons que, sérieusement, on indique aux décideurs de la guerre et de la paix les moyens de parvenir à la paix, de détruire la citadelle de méfiance qui rend impossible toute solution de paix. Tant que cette muraille restera intangible, on se réunira mille fois à Genève, mille fois en Islande, rien n’en sortira.
Voyez-vous, notre combat n'est pas terminé, il ne sera jamais terminé. Le vrai combat demeure, c'est le combat pour la paix. Et vous êtes mieux armés, vous qui avez souffert du mépris des autres. Si vous dépassez ce mépris dans lequel on vous a longtemps tenus, pour considérer que les hommes sont tous des frères, créés par le même Dieu, Dieu vous aidera à gagner la vraie bataille, la bataille pour la paix qu'il a promise aux hommes de bonne volonté, à tous les hommes. Merci. »
Alors, vous voyez M. Gbagbo Laurent, que vous êtes loin de ce genre de lutte pacifique. Vous êtes totalement à l’opposée de cette lutte pacifique. Vous voulez vous fabriquer une image de défenseur des Africains, en imitant Félix Houphouët-Boigny, et en l’effaçant par la même occasion. Mais le président du RDA lui ne cherchait pas la gloire, il recherchait l’émancipation de l’homme Africain, dans la dignité et la solidarité. Il était humble, constamment à la recherche de l’unité : rassembleur, il aimait sont prochain comme lui-même, il venait à bout du mal par le bien en dénonçant l’injustice pour pardonner et même oublier :
« …nous avons oublié, parce que nous devons le faire, et nous considérons notre coopération avec la France sous un autre angle. Nous coopérons étroitement avec la France éternelle quels que soient les hôtes éphémères de l’Elysée.
Voyez, je demande à mes frères, dans tous les cas, dans les relations humaines, d’aller jusqu’à l’oubli. Dieu a donné la vie aux hommes mais Dieu a aussi enseigné aux hommes l’oubli. Personne ne pourrait survivre aux malheurs qui nous frappent si nous ne cultivons pas l’oubli. Le R.D.A. sait oublier. Ceux qui l’ont maltraité, nous les avons oubliés, non pas avec mépris, mais nous les avons traités comme des frères malheureux. »
Le président du RDA enseignait la paix avec zèle. Cela lui a valu un prix de paix internationalement reconnu, portant son nom : le prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. Vous M. Gbagbo, vous voulez être le champion de l’Afrique, vous n’êtes pas humble, vous êtes loin d’être rassembleur, vous divisez plutôt vos propres compatriotes. Vous ne recherchez pas constamment l’unité de vos compatriotes. Vous ne dénoncez pas l’injustice pour pardonner et même oublier, mais vous dénoncez pour appeler à la haine et inciter au meurtre : vous n’aimez donc pas votre prochain. Vous avez, en novembre 2004, envoyé des masses de jeunes sans armes à l’abattoir, contre l’armée française aguerrie et techniquement supérieure.Vous avez accompagné l'appel à la haine des Français et la chasse à l'homme Français, en Côte D'Ivoire, en novembre 2004, sans aucune condamnation. Et vous n’enseignez pas la paix, vous la recherchez en vain. Vous ne savez pas où elle se trouve, vous n’êtes pas un homme de paix, vous êtes un homme de guerre, un guerrier, un dur, surnommé pour cela « le Woody ». Vous faites la promotion de la mort des jeunes pour leur patrie, alors que le président du RDA, faisait la promotion de la vie :
« Mais moi, conduisant des peuples, je n’ai pas le droit d’entraîner des frères dans des guerres fratricides ! (…) C’est la raison pour laquelle je refuse pour mon pays une politique qui mène au déchirement, à la guerre civile ; non, je ne le ferai pas ! (…) Il faut réfléchir quand on a la responsabilité des hommes ; on ne prend pas ses désirs pour des réalités. Il faut du temps.», « …on vous dira : « Celui-là ne veut pas se battre. » II faut savoir se battre, pas se battre pour perdre, se battre pour gagner, pour vivre et survivre. »
D’un autre côté, l’idéologie du RDA n’est pas socialiste ultra nationaliste aux relents fascistes et marxistes léninistes :
« Ce que veut l’Ivoirien, c’est le partage de la richesse et non de la misère. Et pour ce faire, il doit, avant tout, contribuer à créer ces richesses. Ce que nous voulons, c’est réaliser un social des plus hardis. Nous sommes en bonne voie »[1]
« Notre système ne relève pas du libéralisme mais de l’économie planifiée. Nous ne sommes pas des socialistes, dans la mesure où nous ne sommes pas partisans de la distribution prioritaire des richesses et dans la mesure où nous voulons d’abord susciter leur création et leur multiplication… Mais nous voulons que la croissance profite à tous ceux qui en sont les artisans, nous envisageons un programme hardi de réformes sociales à partir du développement de nos richesses nationales »
C’est cela l’idéologie du RDA, le pragmatisme.
Vous, vous êtes un socialiste, ultranationaliste, marxiste, léniniste : vous croyez au partage de la richesse d’abord, vous vous êtes ainsi servi du renversement des valeurs morales afin de pouvoir facilement pratiquer la révolution permanente et la dictature du prolétariat pour créer une société sans classes et sans Etat avec une utopique, irréaliste, démagogique, distribution égale des biens économiques. En d’autres termes, vous vous êtes servi de Nietzsche pour instaurer le Marxisme-léninisme.
Le bilan et l’héritage du RDA ce sont les Indépendances politiques, que vous reniez. Il reste à accomplir l’indépendance économique et la paix mondiale, comme le disait Félix Houphouët-Boigny. Tout un programme de gouvernement qui ne convient pas à un homme de guerre : à un guerrier. Vous ne pouvez donc pas reprendre le combat du RDA, car non seulement vous n’en avez pas les valeurs, les qualités, et les capacités requises, mais aussi et surtout, parce que le combat du RDA n’a pas été abandonné. Il continue. Mais vous êtes excusable, car vous n’êtes pas du RDA, vous ne connaissez pas le RDA, vous ne pouviez donc pas savoir que la lutte continuait pacifiquement comme l’avait dit son président du 18 au 25 octobre 1986, à Yamoussoukro, lors du Colloque International. Si vous connaissiez donc la lutte du RDA, vous n’auriez pas dit qu’elle a été abandonnée. Vous reniez les Indépendances politiques, œuvres et héritages du RDA, et vous voulez, paradoxalement, continuer la lutte du RDA ? C’est plus qu’une honte, c’est une disgrâce pour l’Afrique.
[1]Jonas Daniel Rano, " « La Paix, Ce N’Est Pas Un Mot, C’est Un Comportement » Félix Houphouët-Boigny," Racines & Couleurs, (1997), 26.
Toutes les autres citations de Félix Houphouët-Boigny sont tirées de: RDA, Rassemblement Démocratique Africain, 40 ans, Actes Du Colloque International De Yamoussoukro, 18-25 Octobre 1986. II. Abidjan : CEDA, 1987.
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