Lors du dépôt de sa candidature, le vendredi
16 octobre 2009, M. Gbagbo Laurent affirmait qu’il était candidat à l’élection présidentielle du 29 novembre 2009, pour plusieurs raisons, dont celle-ci : « Retenez bien que cette élection qui va avoir lieu n’est pas seulement une élection pour choisir un président de la République. C’est aussi une élection qui va
mettre fin à une période et qui va ouvrir une autre. La période qui s’achève est celle que je pourrai appeler la période houphouétienne. C’est la période marquée par la stature
d’Houphouët-Boigny. Depuis 1945, la stature d’Houphouët-Boigny a imprégné, marqué, façonné cette période-là. Malheureusement, à son décès en 1993, sa succession a été mal réglée. Elle a été très
mal réglée et le fait de régler la succession de cette façon-là nous a amené les conflits que nous connaissons depuis 1993 jusqu’à aujourd’hui. »,… « …Non, les gens ont cru qu’avec
la mort d’Houphouët, le pouvoir était suffisamment fragile, faible, pour armer quelques jeunes gens, et venir s’emparer du pouvoir et de la Côte d’Ivoire… »
La « période houphouëtienne » de M. Gbagbo part-elle donc de 1945 au 29 novembre 2009, jour des élections en Côte D’Ivoire ? Ou plutôt de 1993 au 29 novembre 2009 ? Ou alors, l’ère comprend deux parties : celle de 45 à 93 et celle de 93 à 09 ? Comment a été, réellement, réglée cette succession ? Qui sont « les gens » qui ont cru? De quels « jeunes gens » s’agit-il ? Quelle est cette nouvelle période qui va s’ouvrir ? Tout ceci est bien opaque, mais rien que le fait de poser ces questions, mène déjà vers un éclaircissement de plusieurs points délibérément maintenus flous.
En fait, Félix Houphouët-Boigny est décédé le 7 décembre 1993 à Yamoussoukro. La Constitution a été respectée, malgré de légères tensions, pour la succession. Les « jeunes gens » qui ont été armés dans la jeune histoire de la Côte D’Ivoire après cette date, ne peuvent qu’être : d’une part, que ceux qui ont planifié et exécuté le coup d’état qui a illégalement renversé les institutions de la République de Côte D’Ivoire, le 24 décembre 1999. Soit six années après le décès de Félix Houphouët-Boigny. D’autre part, ce ne peut être aussi que ceux qui ont planifié et exécuté la tentative de coup d’état du 19 septembre 2002 – soit neuf années après 1993 –, muée en rébellion sanglante, qui a contribué à prolonger le renversement illégal des institutions de la République de Côte D’Ivoire du 24 décembre 1999. L’histoire récente nous enseigne que ces deux groupes forment aujourd’hui les héritiers du coup d’état de 1999, qui ne se sont pas entendus sur le partage du pouvoir, précipitant ainsi la vengeance du 19 septembre 2002, qui a finalement aboutit à un arrangement à l’amiable, un partage du pouvoir de façon équitable cette fois-ci, consacré par les multiples et interminables accords de Ouagadougou.
Alors pour M. Gbagbo Laurent, comprenons le bien : « … Mon espérance, ma foi et ma conviction, c’est que, après avoir connu la partie la plus aiguë de cette crise née de la mort d’Houphouët-Boigny et qui est la guerre, l’élection que nous allons connaître va mettre une fin définitive et à cette crise et à cette ère. C’est pour cela que je suis candidat… »Par conséquent, selon cette logique de M. Gbagbo Laurent, 1999 et 2002 ont été planifiés avant ou juste après le décès de Félix Houphouët-Boigny, et exécutés respectivement, six années et neuf années plus tard ? C’est également « l’ère houphouëtienne » de M. Gbagbo Laurent qui a créé la guerre débutée le 19 septembre 2002, entre autres. Au moins la seconde partie de cette « ère ». C’est donc Félix Houphouët-Boigny qui est responsable des attaques du 19 septembre 2002 ? C’est incompréhensible à ce niveau. Pour être sérieux, juridiquement, Félix Houphouët-Boigny est responsable de ses différents mandats, de 1960 à 1993. Il a de façon responsable, empêché la déstabilisation des Institutions de la République de Côte D’Ivoire, dont il était constitutionnellement garant. Contrairement à M. Gbagbo Laurent, qui a gravement échoué à son devoir constitutionnel, en trahissant la Côte D’Ivoire. Comment peut donc, Félix Houphouët-Boigny, être responsable d’événements survenus en 2002, ou même en 1999 et le lendemain du 7 décembre 1993 ? Surtout les événements intervenus durant le mandat illégalement prolongé, de M. Gbagbo Laurent, du 26 octobre 2000 à aujourd’hui. Comme si Henri Konan Bédié, le Général Robert Guéï, et M. Gbagbo Laurent lui-même, n’ont pas existés. Ils ne sont responsables de rien. Ils n’ont rien fait du tout. C’est Félix Houphouët-Boigny qui a pris toutes les décisions, y compris celle d’attaquer le pays le 19 septembre 2002, celle de renverser les institutions de la République le 24 décembre 1999, et celle de déclarer la guerre, de lancer l’opération dignité, d’ordonner la chasse aux Français, etc… ? C’est incompréhensible. En ajoutant des données à cette réflexion on peut ébaucher une piste de compréhension.
M. Gbagbo Laurent continue en nous disant de : « …mesurer la portée historique de cette élection. Ce n’est pas le fait seulement de changer les institutions et de chercher de nouveaux hommes, mais le fait que véritablement, nous changeons d’époque. Et il nous faut changer d’époque. Il nous faut changer cette ère où, pour s’éterniser ou avancer, » selon M. Gbagbo Laurent, « on pensait qu’avec les coups d’états, on pouvait changer de régime… »Est-ce cela la « période houphouëtienne » de M. Gbagbo Laurent ? Au moins celle de 93 à 09 ? Qui pensaient changer de régime avec les coups d’états, pour « s’éterniser où avancer » ? Certainement pas Félix Houphouët-Boigny. Ce sont plutôt « les gens » qui « …ont cru qu’avec la mort d’Houphouët, le pouvoir était suffisamment fragile, faible, pour armer quelques jeunes gens, et venir s’emparer du pouvoir et de la Côte d’Ivoire… ». C’est logiquement alors, tous ceux qui ont applaudis 1999, tous ceux qui ont dit, comme M. Gbagbo Laurent, que 1999 faisait « avancer la démocratie », tous ceux qui ont planifié et exécuté 1999, ainsi que tous ceux qui ont constitutionnalisé, donc légalisé les coups d’état depuis 2000. M. N’Zi Paul David, directeur de cabinet de M. Gbagbo Laurent, avait dit à Paris, que « …le coup d’état de 1999, c’était contre les Baoulés… » Avec cet éclaircissement actuel de M. Gbagbo Laurent, on comprend alors qui sont les vrais auteurs de 1999 et de 2002. On comprend également leurs mobiles, leurs motivations : il fallait changer « l’ère d’Houphouët » a tout prix. « …L’ère d’Houphouët-Boigny est terminée… », scandait déjà avec fermeté, il y a neuf ans, M. Gbagbo Laurent, après les élections truquées d’octobre 2000. Aujourd’hui, en octobre 2009, M. Gbagbo combat toujours Félix Houphouët-Boigny, tout en se positionnant comme le plus grand houphouëtiste, et en voulant paradoxalement, effacer l’houphouëtisme, faussement ternit, que les populations conscientes et éprises de paix, regrettent plus que jamais.
En vue donc de « s’éterniser et d’avancer », M. Gbagbo Laurent qui veut imprégner sa marque en ouvrant sa période gbagboïenne, doit effacer la « période houphouëtienne » qui le gêne énormément, afin de remplacer Félix Houphouët-Boigny, et se présenter comme le nouvel « homme de paix » légitimé. Pour cela, il assimile insidieusement son « ère houphouëtienne » à une période de putschs, tout en rejetant par la même occasion, la faute de la guerre, dont il est pourtant juridiquement responsable, sur Félix Houphouët-Boigny, en vue de mieux faire accepter la nécessité « d’effacer » Félix Houphouët-Boigny. D’où le choix péjoratif, négatif, calculé, du qualificatif « houphouëtienne » comme politique politicienne, plutôt que de l’ère houphouëtiste ou tout simplement de l’houphouëtisme, termes positifs, plus communément utilisés.
Ainsi donc, « les gens » qui ont cru : les dirigeants illégitimes actuels, et qui veulent « s’éterniser et avancer » maintenant dans la légalité, pensent qu’il leur faut mettre fin à la prétendue « ère houphouëtienne » de M. Gbagbo Laurent, par les élections du 29 novembre 2009, afin d’ouvrir une nouvelle période, l’ère gbagboïenne.
Malheureusement donc pour eux, ceux qui veulent « effacer » Félix Houphouët-Boigny, se sont rendu compte qu’ils demeurent sur des institutions renversées depuis 1999, sur une Côte D’Ivoire renversée, donc qu’ils sont illégitimes, car ils règnent dans l’illégalité. Ils règnent par la dictature et la terreur, par la force des armes, plutôt que par les lois d’une République. Ils ne sont donc pas respectés. Ils sont légalement contestés. Ils en subissent le poids à présent. Enfin ! Quel bonheur pour le Grand Peuple de Côte D’Ivoire. Ils veulent maintenant être respectés. Pour se faire respecter, il faut changer cette ère que M. Gbagbo Laurent attribue fallacieusement pour tromper le Peuple, à Félix Houphouët-Boigny tout en lui imputant par-dessus tout, toutes les crises survenues après 1993, comme si ce dernier faisait la promotion des putschs et des guerres, en son temps. Il faut donc que « les gens » qui ont cru, soient légitimés, donc légalisés à des élections libres, propres, et claires, alors incontestables, afin d’effacer définitivement les années illégales donc illégitimes de 1999 à 2009, les années de non respect. Ce qui n’est pas si sûr.
Un vrai dilemme en perspective, qui explique les hésitations et autres reports illégaux, intempestifs de l’expression souveraine du Grand Peuple de Côte D’Ivoire, dans les urnes. On n’a pas pu « s’éterniser et avancer » illégalement dans la violence, dans la dictature, et avec les putschs. Il faut donc changer d’époque, changer de stratégie, il faut forcément se résoudre à « s’éterniser et » à « avancer » légalement dans les urnes et dans la paix alors ? C’est la nouvelle période, qu’ils veulent ouvrir après le 29 novembre 2009, la nouvelle ère gbogboïenne, l’ère du « nouvel homme de paix » qui est pourtant le « Woody », l’ère de « l’enfant des élections », qui a pourtant une peur bleue des élections. Vive le retour de la souveraineté du Peuple ! Vive le retour de la République ! Vive les élections ! Des élections libres, propres, et claires qui nous situeront le 29 novembre 2009.
Sources des
citations récentes de M. Gbagbo Laurent : Notre Voie - 17/10/2009
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